Miss France

par Shannah

Je n’ai pas regardé TF1 ce weekend, comme tous les weekends, comme tous les jours, mais j’ai appris que l’élection de Miss France avait eu lieu.
Reine d’une année, Miss Orléans, Flora Cocquerel. Teint caramel, visage de poupée, une belle jeune femme.
Surprise ? Un déchaînement de commentaires racistes sur la toile, cet espace où l’on pense être anonyme, ou bien où l’on décide d’assumer la gravité de la situation, et le destin de la Nation sur son profil Facebook et sur Twitter. Où l’on retrouve sa parole de citoyen français étouffée par les barons de la politique et des médias. On se fait enc… La question est de savoir par qui, la gauche, les sionistes, les Arabes, etc. Le pouvoir de l’imagination semble toutefois un peu restreint. Toujours les mêmes, non ?
Un espace où le vrai peuple français peut s’exprimer, l’espace de la démocratie, en somme.
Miss France est trop noire, on en voit des comme elle partout, dans le métro, dans le quartier; Miss France devrait être blanche.
Je pense savoir ce qui déplaît le plus. Que Flora Cocquerel soit métisse et belle, métisse et Française, moitié Béninoise et belle.
De ça, je suis sûre. Car je suis métisse aussi. J’aime quand on me dit que j’ai une peau parfaite, qu’on m’avoue qu’on se ruine en séances UV pour être hâlée. Ce que je n’aime pas, c’est cette sensation, à certains moments, induite par certaines personnes, que je serais moins Française que toi, que je ne suis pas chez moi. Que je ne peux être une figure de la France, que les gens comme moi ne peuvent être ministre, qu’au fond, nous sommes tous de la racaille, plus ou moins basanée. Et ainsi c’est tellement simple, dans le même sac, hop, des Arabes aux Noirs.
Heureusement, les choses ne sont pas aussi simples que cela. Ou malheureusement. Il y aurait tellement de choses à dire, ainsi je ne parlerai que de ce qui me concerne directement, les métis.
Le métissage n’est pas un – blanc et noir. Pour simplifier les choses, on pourrait le définir comme le mélange d’au moins deux ethnies différentes. Blanc et Noir, Asiatique et Blanc, Asiatique et Arabe, que sais-je, toutes les folies sont permises.
Ce qui trouble chez un métis, à la première approche, c’est le mélange de ses traits. Comment le considérer ? Traits européens mais peau basanée, cheveux frisés mais teint clair,… Car oui, racialisation il y a, j’en suis persuadée. Ou comment le type ethnique d’une personne conditionne le discours, la pensée, fait émerger des présupposés. L’ensemble conditionnera la teneur de l’énoncé, le ton de la rencontre, de l’entretien, etc.
Alors, pour nous, métis ? Pour le cas de Miss France, comme pour les cas les plus visibles, intéressons-nous au métissage Noir/Blanc. Une fois trop noir, une fois trop blanc, tu ne sais plus sur quel pied danser. L’héritage est double, l’appartenance également, mais le rejet l’est tout autant. Les Noirs, et surtout les femmes, te toiseront sans gêne aucune, jalouseront tes cheveux, critiqueront tes fesses pas assez rebondies au mafé. Les Blancs auront peur de ton teint, induisant nécessairement quelque parent délinquant, sans papiers, etc., penseront te faire plaisir en soutenant que tu n’es « pas si noire que ça « . Parce qu’être Blanche me ferait accéder à des recoins inconnus et lumineux de l’humanité ? Parce qu’être Noire me vaudrait de meilleurs regards ?
Je pense qu’il est grand temps de s’assumer, ce dans toutes les parties. De la France au passé colonial, et à ses nombreux et actuels citoyens d’Outre Mer pas vraiment de type européen; à la stratégie géopolitique française en Afrique; au Blanc rougeaud devant TF1 qui voit la couleur de peau avant la beauté et/ou l’intelligence; aux femmes africaines qui usent de produits détergents pour éclaircir leur peau.
Pour ce qui me concerne, il n’y a pas de choix possible, j’ai d’ailleurs toujours haï les choix. Choisir, c’est se priver, n’est-ce-pas ? Si vous ne le comprenez pas, figurez-vous les peuples colonisés noirs et maghrébins ayant fait couler leur sang et ayant perdu la vie – la même vie, la même souffrance, le même sang épais et pourpre (voilà au moins ce qui nous rassemble) pour la France. Grand paradoxe, et pourtant , certains y croient encore.

Voilà la France d’aujourd’hui , toute nue. Reste à s’habiller.

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